Au cours du Natural Beauty Summit, les
professionnels de la cosmétique ont planché sur les fondements d'un label qui serait reconnu par tous les pays européens. Une avancée en terme d'harmonisation et de transparence. Sandie Jordane,
organisatrice de l'événement, nous en explique les enjeux.
Courrier Cadres : Que représente le Natural Beauty Summit, dont la dernière édition s’est
tenue du 29 novembre au 1er décembre?
Sandie Jordane : Cet événement rassemble les professionnels de la profession de la cosmétique bio. Cette année, les 250 personnes participant au sommet représentaient 24
nationalités différentes des cinq continents. Une majorité d’Européens (85%, dont 45% de Français et 20% d’Anglais), mais aussi 8% d’Américains et 6% d’Asiatiques. Tous les fondateurs de marques
« historiques » comme Veleda, Aveda, Kores ou Sanoflor étaient présents pour assister aux 30 conférences prévues.
Courrier Cadres : Ces professionnels ont beaucoup travaillé sur l’idée d’un label européen…
Sandie Jordane : En effet, une centaine d’entre eux s’étaient retrouvés la veille de l’événement pour avancer sur l’élaboration d’un label commun. Lequel est en très bonne voie
puisqu’il est prévu de le valider en juin 2008. Cette réunion a permis de lever certains points de blocage. Comme par exemple le fait d’imposer un pourcentage d’ingrédients bio dans le produit
final, pourcentage différent selon les pays. En France, l’organisme certificateur Ecocert impose 95% d’ingrédients d’origine végétale. Et 95%
de ces 95% doivent être issus de l’agriculture biologique. L’exigence est très élevée. Alors que Allemagne estime qu’il est plus important de privilégier la biodynamique des plantes en
s’interdisant un quelconque traitement chimique des sols et des végétaux.
Courrier Cadres : Quels étaient les autres points de blocage ?
Sandie Jordane : L’utilisation de l’eau comme ingrédient naturel. Comme par exemple le fait d’utiliser de l’hydrola, appelée également eau florale. Il s’agit des résidus acqueux
de la distillation par vapeur d’eau. On les obtient au cours du traitement des plantes dans un alambic afin de recueillir les huiles essentielles. Même si elles sont moins concentrées que ces
dernières, les eaux florales recèlent de vraies vertus thérapeutiques et certaines marques préfèrent les utiliser plutôt que d’ajouter de l’eau distillée normale. Ecocert estime que ces eaux
florales représentent un actif végétal, c’est-à-dire un ingrédient naturel issu de l’agriclture biologique, ce qui n’est pas le cas de l’eau distillée. Or, quand vous ajoutez de l’eau florale à
un produit, vous atteignez facilement le fameux pourcentage de 95%. Car certains produits cosmétiques sont composés de 70% d’eau. Le BDIH (organisme certificateur allemand), quant à lui, ne
reconnaît pas l’eau florale comme produit naturel.
Courrier Cadres : Si l’on espérait des avancées significatives en ce qui concerne un futur label commun, il y a eu également une grosse surprise que personne n’attendait…
Sandie Jordane : Effectivement, le PDG allemand de Veleda avait demandé à prendre la parole quelques minutes avant l’ouverture de l’événement. Et là, il annonce à la stupeur
général la création d’un groupement d’intérêt baptisé Natrue, basé à Bruxelles, et dont la mission était clairement de faire avancer le débat autour du label européen. A l’origine de cette
structure : les principaux fabricants de cosmétique allemands, l’idée étant de réunir tous les professionnels européens. A la fois réseau et plateforme internationale, Natrue entend veiller sur
les intérêts des fabricants, préconise une définition claire des produits dits naturels et la mise en place d’un label précis. Avec, en filigrane, une réglementation sur l’utilisation du terme
bio, voire une loi.
Courrier cadres : Natrue a fait naître une certaine polémique…
Sandie Jordane : D’une part, les marques à l’origine de Natrue avaient toutes contribuer à la création de l’association BDIH, d’où une certaine incompréhension de voir ces
professionnels délaisser la première pour créer la deuxième. D’autre part, Ecocert, organisme certificateur de référence travaillant avec les ministères de l’Indistrie et de l’Agriculture, et qui
planche depuis quatre ans à l’élaboration d’un label européen, a peu apprécié de ne pas avoir été informé de cette initiative, en marge du travail déjà réalisé.
Courrier Cadres : En marge de ces initiatives, des associations comme Cosmebio ou Cosmed
ou encore les PME de la Cosmetic Valley souhaiteraient créer leur propre cahier des charges.
Sandie Jordane : Il est vrai que ces associations, qui rassemblent des industriels, sont souvent en conflit avec les exigences d’Ecocert. Car pour créer leurs produits, ils
utilisent encore des produits synthétiques ou pétrochimiques autorisés, et dont la liste est mises à jour par Ecocert. Or si ce dernier se rend compte que certaines substances s’avèrent
dangereuses ou peu stables, il le suppriment de la liste. Certes, Ecocert propose un palliatif naturel aux produits qu’elle retire de la liste mais les industriels qui avaient utilisé ces
produits en toute bonne fois pour créer leur gamme ne peuvent plus y apposer le label. D’où un énorme manque à gagner et la tentation très forte de créer leur propre label. Il faudrait n’utiliser
que des produits naturels, mais il est vrai qu’ils sont souvent plus chers et que qu’il est très difficile de remplacer certaines substances de synthèse, comme les tenso-actifs ou certains
conservateurs.
Courrier Cadres : Même si les travaux sont encore en cours, quels sont selon vous les contours du futur label européen ?
Sandie Jordane : Ce label commun européen qui va bientôt voir le jour permettra enfin de remettre à plat tous ces logos divers et variés qui s’affiichent sur les produits et auxquels le
consommateur ne comprend rien. Cette harmonisation va permettre une démarche cohérente car elle intégrera toute la chaîne et pas seulement le pourcentage d’ingrédients naturels : ce sera une
véritable démarche transversale qui visera à protéger l’environnement depuis le produit d’origine jusqu’au produit final en passant par toutes les étapes de sa fabrication. Cela signifira
nettoyer l’usine avec des solvants biodégradables, utiliser des lampes à faible énergie, recycler les déchets, etc. Le label européen sera durable, équitable, éthique et bio.
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